Théorie des biorythmes : ses origines, ce que disent les tests

1 septembre 2026 · 10 min de lecture · Par

La théorie des biorythmes affirme que le jour de la naissance met en route trois cycles qui tournent ensuite sans varier jusqu'à la fin de la vie : 23 jours pour le physique, 28 pour l'émotionnel, 33 pour l'intellectuel. Des longueurs fixes, aucune exception, aucun effet du sommeil, du stress, de la maladie ou de la saison. Cette rigidité l'a rendue exceptionnellement facile à vérifier. Et on l'a vérifiée, sérieusement.

En décembre 1980, l'office américain des brevets accorde à Raymond Merritt le brevet 4 240 153 pour un « dispositif d'affichage des biorythmes » : un boîtier lumineux contenant trois bandes translucides — découpées dans le rapport 23:28:33 et entraînées par un petit moteur à un quarante-huitième de tour par heure. Rouge pour le cycle physique, vert pour l'émotionnel, bleu pour l'intellectuel. L'exposé du brevet déposé s'ouvre ainsi : « Ces dernières années, il est devenu de plus en plus notoire dans la communauté scientifique que les êtres humains connaissent périodiquement divers changements physiologiques cycliques. »

Rien de tel n'était notoire dans la communauté scientifique. Cela n'y avait jamais été établi.

L'écart entre l'assurance du ton et la minceur du dossier, voilà la véritable histoire des biorythmes, et elle vaut mieux que celle des croyants comme celle des démolisseurs. aimy.bio est né d'une branche de cette tradition : nous aurions donc toutes les raisons d'adoucir le verdict. Nous préférons l'écrire tel quel.

Ce que la théorie des biorythmes affirme exactement

Trois cycles comptés en jours depuis la date de naissance, chacun se répétant à sa longueur propre aussi longtemps que l'on vit.

CycleLongueurCe qu'il gouvernerait
Physique23 joursforce, endurance, énergie
Émotionnel28 jourshumeur, sensibilité, créativité
Intellectuel33 joursconcentration, mémoire, logique

Les ennuis commencent avec la version forte de l'affirmation. Ces cycles seraient universels, donc tout le monde les posséderait ; déterministes, donc la date de naissance les fixerait une fois pour toutes ; et hermétiques au reste du monde, si bien qu'aucun travail de nuit, aucune maladie, aucun voyage ni aucun âge ne les décalerait d'une journée. Une revue parue en 2026 dans Chronobiology International décrit le modèle dans ces termes précis et ajoute le problème évident : après un siècle de circulation de l'idée, aucun mécanisme physiologique capable de produire de tels cycles n'a jamais été identifié.

Cette rigidité constitue aussi le seul mérite réel de la théorie. Une idée floue ne peut pas se tromper, et le rayon bien-être cultive le flou avec application. Ici, on a trois nombres et une date de départ : des prédictions que l'on peut écrire à l'avance, cacheter dans une enveloppe et confronter à ce qui s'est réellement passé.

Fliess, Swoboda, Teltscher : d'où sortent les chiffres

Wilhelm Fliess était oto-rhino-laryngologiste à Berlin, et pendant une quinzaine d'années il fut le correspondant le plus proche de Sigmund Freud, sa caisse de résonance. Britannica retient cette amitié parmi celles qui ont façonné la psychanalyse naissante. Fliess croyait par ailleurs que la vie humaine obéissait à deux périodes arithmétiques, 23 et 28 jours. Freud prit cette numérologie assez au sérieux pour s'attendre, selon plusieurs récits, à mourir à 51 ans — vingt-trois plus vingt-huit.

Quelques années plus tard, le psychologue viennois Hermann Swoboda rapporta des périodes de ces deux mêmes longueurs. Son livre Die Perioden des menschlichen Organismus in ihrer psychologischen und biologischen Bedeutung parut à Leipzig et à Vienne en 1904, et le scan se consulte librement aujourd'hui. Qui veut voir à quoi ressemble le socle d'une idée — avant qu'un siècle de reprises ne le polisse — y trouvera de quoi occuper une pause.

Le troisième cycle arriva en dernier, et c'est lui qui voyage le plus léger. On attribue à Alfred Teltscher, à Innsbruck dans les années 1920, la période intellectuelle de 33 jours, tirée de l'observation des bons et des mauvais jours d'étudiants. De Fliess et de Swoboda il reste des livres que l'on peut encore ouvrir ; du travail original de Teltscher, aucun texte comparable n'est accessible. Le cycle le moins documenté est justement celui que les auteurs suivants répètent du ton le plus assuré.

Comment une idée marginale est devenue un objet de vitrine

Dans les années 1970, l'idée avait quitté les marges pour entrer dans le quotidien. Des journaux tenaient des rubriques biorythmiques quotidiennes, on rapportait que des sociétés de transport organisaient leurs plannings autour des jours critiques des conducteurs, et les trois ondes ont atterri en vitrine sous forme d'appareils.

Le brevet de 1980 offre un bon carottage de ce moment-là. Sa section sur l'état de la technique cite quatre brevets américains antérieurs pour des machines qui tracent les trois mêmes courbes, une calculette de biorythmes de poche vendue par Casio, et le livre de George S. Thommen Is This Your Day. Lire ce dossier, c'est lire la paperasse d'une petite industrie.

Ce qui frappe aujourd'hui, c'est le ton. Le brevet ne plaide pas pour les biorythmes : il les tient pour acquis, comme un brevet de thermostat tient la température pour acquise. Entre Vienne en 1904 et un boîtier lumineux posé sur un bureau américain en 1980, une proposition jamais vérifiée était devenue en silence un fait d'arrière-plan.

Ce qui s'est passé quand on l'a testée

Les vérifications, elles, avaient déjà commencé.

En 1977, trois ans avant que l'office des brevets ne tamponne le dossier de Merritt, John Wolcott et trois collègues comparèrent les diagrammes biorythmiques de pilotes impliqués dans des accidents d'aviation générale à ce que le modèle prédisait. Leur article dans *Human Factors* ne relève aucune corrélation entre les accidents et les jours que la théorie signale comme dangereux. D'autres tests ont suivi : accidents du travail, admissions hospitalières, notes d'examen, temps de réaction, résultats sportifs.

Le décompte définitif, c'est la revue de Terence Hines parue en 1998 dans Psychological Reports, qui rassemble 134 études, publiées ou non. Trente-cinq d'entre elles rapportaient un soutien quelconque à la théorie. Hines les a reprises une à une et y a trouvé des erreurs de méthode et de statistique assez grosses pour expliquer les résultats. Les quatre-vingt-dix-neuf autres, portant sur des mesures très variées, n'ont rien montré du tout. Sa conclusion tenait en une ligne — la théorie des biorythmes n'est pas valide.

Ces trente-cinq études, c'est le visage que prend un effet nul après être passé entre des mains humaines ordinaires. Définissez le « jour critique » un peu généreusement, choisissez la comparaison après avoir vu les données, publiez l'analyse qui a marché : un monde parfaitement aléatoire vous fournira des résultats. Une affirmation survit ainsi à vingt ans de tests, en produisant juste assez de quasi-succès pour que la question paraisse ouverte.

Pourquoi la théorie a-t-elle survécu à sa réfutation ?

Parce qu'un graphique faux en moyenne peut très bien tomber juste un mardi.

Vous passez une matinée difficile, vous regardez, et le cycle émotionnel est au plus bas. Cette coïncidence-là reste. Les dizaines de jours où le graphique annonçait un creux et où la matinée s'est déroulée normalement ne laissent aucune trace, faute de quelque chose à remarquer. Nous gardons les coups au but, nous laissons filer les ratés, et le motif qui en sort ressemble de l'intérieur à une preuve. Cela s'appelle le biais de confirmation, et personne n'y échappe.

Une seconde raison existe, et elle mérite plus d'égards que les sceptiques ne lui en accordent d'ordinaire. L'habitude reste utile même quand la théorie qui la porte est vide. Un diagramme biorythmique, c'est un rappel daté et répété : arrêtez-vous et demandez-vous où en sont vraiment votre énergie, votre humeur, votre concentration aujourd'hui. Les bonnes résolutions vagues du type « je vais m'écouter davantage » s'évaporent en une semaine ; un rituel précis, accroché au calendrier, tient beaucoup plus longtemps.

Reste le mot lui-même, et en français il travaille pour le modèle. « Biorythme » circule dans la langue courante bien au-delà des trois courbes — on dit avoir les biorythmes déréglés après une nuit blanche ou un vol long-courrier, et il n'y a dans cette phrase pas la moindre trace des 23, 28 et 33 jours. Le terme sonne comme le vocabulaire de la vraie chronobiologie, celle où les rythmes biologiques sont établis, expliqués mécaniquement et étudiés pour de bon. La revue de Chronobiology International note qu'il apparaît encore dans des articles scientifiques comme synonyme vague de ces rythmes réels, ce qui prête discrètement au modèle une crédibilité qu'il n'a jamais méritée. Le tri se fait ici : biorythme et rythme circadien.

Où se situe la lecture de Sikora

L'idée a connu un chapitre tardif et plus discret en Pologne. Le docteur Jerzy Sikora, qui écrivait dans les années 1980, en propose une version qui lit chaque cycle comme l'un de quatre états discrets plutôt que comme un point sur une sinusoïde, et qui applique une correction de l'heure de naissance que les calculateurs ordinaires laissent tomber. Son livre de 1983, Biodiagram prawdę Ci powie, est la source à partir de laquelle aimy.bio a reconstruit le moteur — ligne après ligne.

Sikora a changé la notation, pas les preuves. Rien de ce qui précède ne cesse de valoir parce qu'un cycle s'écrit en état au lieu de s'écrire en pourcentage, et nous ne prétendons pas que la lecture discrète réussisse là où le modèle sinusoïdal a échoué. Ce qu'elle mérite, c'est une description exacte, plus difficile à trouver qu'elle ne devrait l'être. Les tables de phases et la correction horaire sont démontées pièce par pièce dans la méthode Sikora ; la question des preuves est posée de front dans les biorythmes fonctionnent.

Si ce n'est pas prouvé, que reste-t-il ?

Une chose, et elle n'est pas mince : vos propres données.

La théorie produit des prédictions datées, vous pouvez donc la soumettre à un test honnête sur vous-même. Une seule règle compte, celle qui sépare un test d'une anecdote. Notez la journée avant de regarder le graphique. Une fois la prévision vue, impossible de ne plus la voir, et chaque note qui suit vient de quelqu'un qui connaît déjà la réponse.

Abordez les biorythmes de façon réflexive. C'est un outil de bien-être et une invitation à s'observer, pas une prévision, pas un diagnostic, pas un conseil médical. Pour tout ce qui touche à la santé, parlez à un professionnel.

Le journal aveugle d'aimy.bio fonctionne ainsi. Vous notez chaque jour votre énergie, votre humeur et votre concentration sans le graphique sous les yeux, votre appareil calcule la corrélation en local, et rien de ce qui vous concerne ne quitte le navigateur. Les gens s'en servent : le journal est passé de 7 entrées à 97, puis à 132, en trois mois — peu de monde, mais des gens qui préfèrent savoir. Nous menons aussi une étude ouverte de la méthode, pré-enregistrée, avec l'engagement d'en publier le résultat même s'il est nul.

La machine de Raymond Merritt faisait tourner ses trois bandes à un quarante-huitième de tour par heure, patiemment, qu'il y ait ou non quelqu'un dans la pièce, et que la personne devant elle ressente ou non une seule des choses que les couleurs promettaient. Les bandes étaient la mauvaise moitié du projet. L'homme debout devant, attentif à sa propre semaine, était la moitié qu'il fallait garder.

Envie de voir les trois cycles pour votre date de naissance, jours critiques et jours zéro marqués, et de commencer votre propre journal aveugle ? Il suffit d'une date, et tout reste dans votre navigateur : vérifiez vos biorythmes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la théorie des biorythmes ?

L'idée que trois cycles démarrent le jour de la naissance et gardent la même longueur toute la vie : 23 jours pour le physique, 28 pour l'émotionnel, 33 pour l'intellectuel. Ces longueurs ne varient jamais et rien d'extérieur ne les déplace.

Qui a inventé la théorie des biorythmes ?

Personne à lui seul. Wilhelm Fliess, médecin à Berlin, propose les périodes de 23 et 28 jours à la fin du XIXe siècle. Hermann Swoboda publie les deux mêmes longueurs à Vienne en 1904, et Alfred Teltscher ajoute à Innsbruck le cycle intellectuel de 33 jours dans les années 1920.

La théorie des biorythmes est-elle prouvée scientifiquement ?

Non. Terence Hines a passé en revue 134 études en 1998 : les 35 qui rapportaient un soutien contenaient des erreurs de méthode suffisantes pour expliquer le résultat, les 99 autres n'ont rien trouvé. Aucun mécanisme physiologique capable de produire ces cycles n'a été identifié.

Pourquoi les gens utilisent-ils les biorythmes si rien n'est prouvé ?

Parce qu'un graphique faux en moyenne peut tomber juste un jour donné, et parce que l'habitude a une valeur propre. Un rappel daté qui invite à faire le point sur son énergie, son humeur et sa concentration fonctionne indépendamment des cycles.

Les biorythmes et les rythmes biologiques, est-ce la même chose ?

Non, même si les deux mots se confondent sans arrêt. Le rythme circadien et les autres rythmes biologiques relèvent d'une chronobiologie établie, aux mécanismes connus. La théorie des biorythmes, elle, est le modèle 23/28/33 non prouvé, compté depuis la naissance.

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